Kipling_If

Nous avons parlé, hier soir, un peu, de ce poème.

On disait qu'il est impossible de tout faire comme décrit. En tout cas, pas tout en même temps.

Je disais que, parfois, en des moments difficiles, je me rappelle des vers de ce poème que j'avais écrit sur les murs de ma chambre il y a longtemps. Que j'essaye d'en tenir compte. Et que cela me fait du bien en ces moments. Je disais, aussi, que je n'aime pas du tout la fin du poème, que j'ai l'impression que Kipling s'est carrément essoufflé vers la fin de ce poème gigantesque, presque démesurément beau... Et qu'il faut absolument le lire et le comprendre en anglais, car aucune des traductions françaises n'est bonne. Mon opinion. Plus bas, je le traduirai à ma manière.

...et alors, Jude m'a demandé et que mettrais-tu à la fin du poème? J'ai réfléchi, j'avais des idées comme des éclats, je lui ai dit je vais penser, je te dirai.

Bon, voici d'abord le poème en anglais, et, à la fin, ce que j'y mettrais, moi.

IF de Rudyard Kipling

If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don’t deal in lies,
Or being hated, don’t give way to hating,
And yet don’t look too good, nor talk too wise:

If you can dream —and not make dreams your master
If you can think —and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you’ve spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build’em up with worn-out tools:

If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: “Hold on!”

If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings —nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that’s in it,
And —which is more— you’ll be a Man, my son!

 

Je changerais la fin en:

If you can do all these and a few more,
This would mean for me that
You are a Man who understood, my son!

Ce qui deviendrait:

[...]
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds’ worth of distance run.
If you can do all these and a few more,
This would mean for me that
You are a Man who understood, my son!

 

Bon, maintenant, comment je traduirais? Puisque je n'ai pas trouvé de traduction acceptable... :-)

Je ne tiendrais pas du tout compte du rythme ni des rimes.

Ce qui, en ma traduction, donnerait ça:

 

Si tu peux garder ton calme, pendant que tout le monde perd le sien et t'en accuse,
Si tu peux garder la confiance en toi-même, pendant que tout le monde doute de toi
Et pourtant accepter leur manque de confiance,
Si tu peux attendre sans que l'attente te fatigue,
Si tu supportes le mensonge, sans mentir de ton côté,
Si tu supportes être haï, sans haïr à ton tour,
Et tout cela sans te montrer trop bon ou trop sage,

Si tu peux rêver - sans faire des rêves ton maître,
Si tu peux réfléchir - sans faire des pensées ton but,
Si tu peux rencontrer le Triomphe et le Désastre
Et traiter ces deux imposteurs exactement de la même manière;
Si tu supportes voir la vérité que tu as dite
Tordue par des salauds pour en faire un attrape-nigauds,
Ou voir les choses pour lesquelles tu as donné ta vie - détruites,
Et te pencher et les construire de nouveau, avec des outils délabrés,

Si tu peux mettre ensemble tous tes acquis
Et risquer le tout en un seul tour de roulette,
Et tout perdre, et tout recommencer
Sans souffler un mot de ta perte;
Si tu peux forcer ton coeur et tes nerfs et tes tendons
D'encore te servir longtemps après leur épuisement,
Et tenir comme ça lorsqu'il n'y a plus rien en toi
Que la volonté pour leur dire: "Tenez bon!"

Si tu peux t'entendre avec les foules et garder ta pureté,
Ou aller avec des Rois - sans plus perdre ton naturel,
Si ne peuvent te blesser ni les ennemis ni les plus tendres amis,
Si tout le monde compte pour toi, mais personne trop;
Si tu es capable de remplir l'impitoyable minute
Avec soixante secondes qui valent la peine d'être vécues,
Alors la Terre sera à toi avec tout ce qu'elle contient
Et -- ce qui compte le plus -- tu sera un Homme, mon fils!

ou, comme je dirais plutôt:

[...]
Si tu es capable de remplir l'impitoyable minute
Avec soixante secondes qui valent la peine d'être vécues,
Si tu peux faire toutes ces choses et encore quelques unes,
Je saurais que tu es un Homme qui a compris, mon fils.